"Philosophie du rock"

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"Philosophie du rock"

Message  Azbinebrozer le Mer 20 Oct - 22:56

Bon j'ai lu ça cet été. Au printemps est sorti ce livre de philosophie "Philosophie du rock" J'en avais parlé un peu avant les vacances. L'auteur est une pointure de philo et... vieil amateur de Greateful Dead ! What a Face Attirant non ? Wink

C'est un livre qui n'aura que peu de public parmi les amateurs de rock. C'est un livre très savant où le rock est utilisé comme exemple très pertinent pour illustrer un point de vue esthétique en réponse à des questions esthétiques de très haut vol auxquelles je n'ai souvent pas compris grand chose, mais j'avoue avoir eu un faible net pour certains des angles choisies. De fait l'exemple rock se réduit à une définition assez courte et unique il s'agit de définir une ontologie, une essence propre au rock, donc ici pas d'histoire des courants, de sociologie, ni de délire explicatifs à la Az' avec fumigènes... Ouf déjà ça !
Donner une définition ("philosophie" au singulier") est forcément sujet à critique et questionnement... C'est décevant cette singularité ! Mais en fait c'est intéressant car c'est un point de départ peut-être fort, pour comprendre le rock et la différence culturelle qu'il propose en contraste par exemple avec les œuvres culturelles classiques.
Autre petite précision pour éviter les malentendus initiaux, il me semble qu'il faut entendre rock au sens large et au sens où il incarne plus encore ce que l'on peut retrouver aussi dans d'autres courants courants tels que le rap, electro (à voir) même la variété très arrangée... A voir...
Courage ! cheers

En gros 2 points copié de plus bas (en gras dans le texte plus bas) qui caractérise une œuvre rock :

1. L'auteur distingue à cet effet deux types d’enregistrement : les enregistrements véridiques et les enregistrements constructifs. Un enregistrement véridique est une sorte de témoignage : il restitue ce qui s’est produit à telle date, en tel lieu.
Un enregistrement est constructif au sens où il produit quelque chose de nouveau, quand il n’est pas l’enregistrement neutre ou transparent d’un épisode sonore déterminé mais la création de quelque chose d’original. Le rock propose depuis les années 50 des enregistrements constructifs.

2. Les œuvres s’inscrivent dans ce que Pouivet appelle le « cadre des arts de masse », ce qui suppose, en substance, deux conditions d’accessibilité. Une condition d’accessibilité économique d’abord : les œuvres sont économiquement accessibles au plus grand nombre en vertu d’un coût relativement faible. Une condition d’accessibilité épistémique, intellectuelle ou cognitive ensuite : les œuvres musicales rock ne supposent pas une connaissance ou une fréquentation assidue de la culture humaniste ou de l’histoire de l’art.
(C'est ce que j'expliquais à propos du baroque de Sufjan Stevens...)

C'est l'essentiel de ce que livrera l'ouvrage sur le rock en 246 p. ! Cela entraine quand même d'autres conséquences, lisez la suite de l'article sur le lien plus haut si cela vous intéresse... pale

Pour les accrocs alien alien alien une info : Cet article est publié en partenariat avec le Collège international de philosophie, qui consacrera au livre de Roger Pouivet une table ronde avec Paul Mathias, Sébastien Motta, Mathieu Potte-Bonneville, Roger Pouivet et (sous réserve) Rodolph Burger. Samedi 23 octobre, de 10h à 13h, à la Bibliothèque Picpus, 70 rue de Picpus, 75012 Paris.

Extrait d'un article très long sur... Cliquez :
La vie des idees.fr

"Y a-t-il quelque chose dans le rock qui soit susceptible d’intéresser le philosophe ? Oui, selon Roger Pouivet, et c’est au premier chef la nature jusqu’alors inédite des œuvres qu’on y trouve. Autrement dit, ce qui peut pousser le philosophe de l’art à considérer le rock comme un sujet digne d’intérêt, c’est une spécificité ontologique propre aux œuvres musicales qu’il produit. Quelle est cette spécificité ?
Rock records

Roger Pouivet l’explique à l’aide d’un examen des différents rapports que peut entretenir une œuvre musicale aux techniques d’enregistrement. Il distingue à cet effet (p. 55) deux types d’enregistrement : les enregistrements véridiques et les enregistrements constructifs. Un enregistrement véridique est une sorte de témoignage : il restitue ce qui s’est produit à telle date, en tel lieu. Supposons que ce soit l’exécution de la Neuvième symphonie de Beethoven par un orchestre philharmonique de grande notoriété. Cet enregistrement fait alors figure de documentaire (et nous permet de dire par exemple, à nous qui étions absents, qu’il s’agissait d’une excellente exécution ou au contraire d’une exécution bien en deçà de ce que l’on pouvait attendre d’un orchestre d’une telle renommée), mais l’œuvre musicale (la Neuvième symphonie) préexiste à cet enregistrement. Autrement dit, quand nous écoutons cet enregistrement, nous n’avons pas affaire à l’œuvre musicale elle-même mais à une exécution de l’œuvre. La nature d’une telle œuvre suggère que l’œuvre est à chercher non pas dans un enregistrement mais plutôt dans une partition (il s’agit de musique écrite). Ce point est trivial, mais il trouve une certaine pertinence quand nous considérons en contraste les enregistrements constructifs. Pour le dire rapidement, un enregistrement est constructif quand il produit quelque chose de nouveau, quand il n’est pas l’enregistrement neutre ou transparent d’un épisode sonore déterminé mais la création de quelque chose d’original. Soit l’enregistrement intitulé Idioteque tiré de l’album Kid A du groupe oxonien Radiohead. Ici, l’œuvre musicale n’a pas été exécutée lors de l’enregistrement mais créée au cours de sessions d’enregistrement, de mixage et éventuellement de postproduction [1]. Le travail des artistes a été de construire, de composer, à partir de plusieurs enregistrements distincts, plusieurs pistes –notamment pour notre exemple un échantillon (sample) de Mild und Leise de Paul Lansky – une séquence sonore originale, une œuvre musicale inédite. L’enregistrement en perd ipso facto sa fonction de témoignage : il ne s’agit plus de restituer quelque chose, l’exécution d’une œuvre préexistant à l’enregistrement, mais grâce aux moyens techniques des studios d’enregistrement de faire quelque chose (une œuvre) qui n’existait pas jusqu’alors. Quand nous écoutons cet enregistrement, nous avons affaire à l’œuvre elle-même et non pas à une exécution de l’œuvre ; l’œuvre c’est l’enregistrement. On ne dira donc pas, pour l’enregistrement initial qu’il s’agit de l’enregistrement initial d’une œuvre, sous-entendu quelque chose d’indépendant de l’enregistrement (i.e. Idioteque) mais que l’enregistrement initial est ou constitue l’œuvre (Idioteque). Cela pourrait sembler paradoxal : il faut bien, dira-t-on, qu’il y ait quelque chose à enregistrer pour qu’il y ait un enregistrement. La réponse, nous dit Pouivet, est que c’est le morceau de musique qui a été enregistré. Cela nous montre au passage que le nom Idioteque est ambigu et désigne tantôt le morceau de musique, tantôt l’œuvre musicale (p. 62 sqq.). Le morceau de musique est notamment susceptible de donner lieu à une reprise alors que c’est impossible pour l’œuvre. C’est en revanche l’œuvre qui est l’attention de la critique, et non le morceau de musique [2].

Quand nous nous concentrons sur les œuvres qu’on y trouve, la musique rock a ceci de caractéristique qu’il ne peut y être question que d’enregistrements constructifs : cela place donc les œuvres musicales rock dans une relation de dépendance ontologique forte aux procédés d’enregistrement et de diffusion. Mais cette dépendance ne suffit pas à en faire des œuvres rock. Cette condition de nature ontologique est nécessaire mais non suffisante : il faut en plus que les œuvres s’inscrivent dans ce que Pouivet appelle le « cadre des arts de masse », ce qui suppose, en substance, deux conditions d’accessibilité. Une condition d’accessibilité économique d’abord : les œuvres sont économiquement accessibles au plus grand nombre en vertu d’un coût relativement faible. Une condition d’accessibilité épistémique, intellectuelle ou cognitive ensuite : les œuvres musicales rock ne supposent pas une connaissance ou une fréquentation assidue de la culture humaniste ou de l’histoire de l’art. Elles ne supposent pas non plus que l’auditeur soit musicien ou musicologue accompli ; elles sont faciles d’accès."
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