expositions- suite

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Re: expositions- suite

Message  Azbinebrozer le Lun 3 Jan - 1:00

C'est la nouvelle année. Voilà voilà ! Papy Az' arrive. Et voici les enfants votre cadeau pour les étrennes ! Nan pas la Kinect pour la Xbox sales gosses ! Ni Guitar Héros 5, Ramol' enfin !!

Vous connaissez tous cette œuvre, elle symbolise la peinture à elle seule, mystérieusement.



Car ce tableau nous échappe, doucement. Un sourire oui et puis ?...

En voici une lecture qui nous raconte une histoire. Une histoire d'art, de sourire et discrètement en creux de culture.
C'est un peu long mais plus jamais vous ne verrez Mona Lisa et d'autres choses encore de la même manière...
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Un sourire de Joconde

Message  Azbinebrozer le Mer 5 Jan - 9:56

Désolé ! Pas de chance le lien vers le texte sur la Joconde plus haut mène à une autre version, moins bonne, du texte du critique d'art Arasse. Impossible de retrouver la magnifique version de mon livre "Les plus beaux texte sur la peinture" (Edition Beaux Arts) sur le net. J'ai donc saisi le texte pour mes archives puis copié ici... C'est long... Mais vous verrez mieux le Very Happy de la Joconde. Courage. Faites un Control /Roulette pour agrandir l'affichage de votre navigateur.

"Je vais en faire la description et vous verrez qu'apparaissent beaucoup de choses qu'on ne voit pas.
 
D'abord, la Joconde est assise dans une loggia, c'est-à-dire qu'il y a des colonnes de part et d'autre, sur les bords droit et gauche, jointes par le muret, derrière elle. Elle tourne le dos au paysage, qui est très lointain. Ensuite, elle est assise dans un fauteuil, je le sais uniquement parce que le bras gauche de la figure est appuyé, parallèlement au plan de l’image, sur un accoudoir. Mais cet accoudoir est l'unique trace du fauteuil, il n'y a pas de dossier, ce qui est étrange. Et puis le paysage à l'arrière-plan est curieux puisqu'il est composé uniquement de rochers, de terre et d'eau. Il n'y a pas une seule construction humaine, pas un arbre, il y a seulement dans ce paysage quasiment pré-humain un pont, et c'est cela qui m'a posé beaucoup de problèmes d'interprétation. Ce pont enjambe ce qui doit être une rivière, mais qu'on ne distingue pas. Or, comment se fait-il que dans ce paysage des origines il y ait déjà un pont alors que toute présence humaine a disparu ? [...]

Et puis il y a le sourire... En fait, c'est Léonard qui a inventé l'idée de faire un portrait avec un sourire. Il n'y a pas de portrait avec un sourire avant la Joconde, à l'exception du tableau d'Antonello de Messine, l'Homme qui rit, conservé à Cefalù en Sicile. Antonello est un très grand peintre, mais son sourire, en fait un rictus, n'est pas très réussi et produit l'effet d'une grimace. Et Léonard, qui connaissait ses œuvres s'est dit que puisqu'on voulait un sourire, il en peindrait un. Pourquoi ce choix de sourire ? C'est là que l'histoire aide à comprendre. [...]

En revanche, la Joconde, elle, sourit parce que son mari, Francesco del Giocondo, a commandé son portrait au plus grand peintre du temps, Léonard de Vinci. Et pourquoi le mari a-t-il commandé son portrait ? Parce qu'elle lui a fait deux beaux enfants, deux héritiers mâles, et qu'ils ont dû suite à cela changer de maison dans Florence. On sait tout cela : le mystère de la Joconde n'est pas dans ce qu'on invente autour mais dans le tableau lui-même. Le mari a acheté un autre palais, il a agrandi sa maison et il offre à sa femme son portrait par le maître Léonard. Elle ne le gardera pas puisque Léonard le gardera pour lui. C'est en tout cas un tableau de bonheur, où une jeune femme de vingt-deux ou vingt-trois ans, qui a déjà donné deux enfants mâles à son mari, viables à la naissance, est honorée par l'amour de celui-ci à travers ce portrait. C'est une anecdote historique qui présente cependant un intérêt, car tout ce qu'on a élaboré autour du sourire de la Joconde s'effondre devant l'analyse historique.

Mais ce n'est pas ce qui fait que ce sourire est fascinant. Je crois que la raison est plus profonde, et il m'a fallu du temps pour percevoir ce qu'il en est ou, plus modestement, pour percevoir ce que j'en percevais. En fait, ce qui me fascine, c'est ce qui lie profondément la figure au paysage de l'arrière plan. Si vous regardez bien ce dernier, vous vous rendrez compte qu'il est incohérent, c'est à dire que dans la partie droite, du point de vue du spectateur, vous avez des montagnes très hautes, et tout en haut un lac, plat, comme un miroir, qui donne un ligne d'horizon très élevée. Dans la partie gauche, au contraire, le paysage est beaucoup plus bas, et il n'y a pas moyen de concevoir de passages entre les deux parties. En réalité il y a un hiatus, caché, transformé par la figure elle-même et par le sourire de la Joconde elle-même. C'est du côté le plus haut du paysage que sourit la Joconde. La bouche se relève très légèrement de ce côté-là, et la transition impossible entre les deux parties du paysage se fait dans la figure, par le sourire de la figure.
Vous me direz et alors ? Eh bien, je crois qu'à ce moment-là il faut avoir lu les textes de Léonard, se rappeler qu'il était un très grand admirateur d'Ovide et de ses Métamorphoses, et que pour Léonard comme pour Ovide – c'est un thème classique et courant – la beauté est éphémère. [...] la Joconde c'est la grâce, la grâce d'un sourire. Or, le sourire c'est éphémère, ça ne dure qu'un instant. Et c'est ce sourire de la grâce qui fait l'union du chaos du paysage qui est derrière, c'est à dire que du chaos on passe à la grâce, et de la grâce on passe au chaos. Il s'agit donc d'une méditation sur une double temporalité, et nous sommes là au cœur du problème du portrait, puisque le portrait est inévitablement une méditation sur le temps qui passe. Montaigne dit dans ses Essais : « J'ai plusieurs portraits de moi, combien suis-je différent aujourd'hui d'à cette heure. » On passe donc, avec ce sourire de la Joconde, du temps immémorial du chaos au temps fugitif et présent de la grâce, mais on reviendra à ce temps sans fin du chaos et de l'absence de forme.

Restait ce pont, dont je ne comprenais pas la présence jusqu'au moment où j'ai lu Carlo Pedretti, le grand spécialiste de Léonard de Vinci, capable d'écrire comme lui de la main gauche et à l'envers. C'est un homme admirable qui a passé toute sa vie avec Léonard de Vinci. À propos de cette interrogation sur la présence du pont, il dit une chose très simple à laquelle je n'avais pas pensé, à savoir que c'est le symbole du temps qui passe ; s'il y a pont, il y a une rivière, qui est le symbole banal par excellence du temps qui passe. C'est un indice donné au spectateur que l’étrangeté du rapport entre ce paysage chaotique et cette grâce souriante est le temps qui passe. Le thème du tableau c'est le temps. C'est aussi pour cette raison que la figure tourne sur elle-même, car un mouvement se fait dans le temps... Et l'analyse peut repartir à ce moment-là. Le tableau est fascinant parce que sa densité et sa sobriété font qu'il n'arrête pas de renvoyer la réflexion et le regard au regard...

Ce qui m'a aussi beaucoup frappé quand je travaillais sur La Joconde, c'est que je travaillais en même temps sur tout Léonard de Vinci et donc sur les cartes géographiques qu'il a réalisées à la même époque, et un soir j'ai eu une sorte d'illumination, peut- être une sorte de folie, en regardant ces cartes : j'ai perçu que le paysage de La Joconde en arrière-plan, avec son lac très élevé et son val aquatique et marécageux dans la partie gauche, était pratiquement la prise en vue cavalière d'une carte de la Toscane que Léonard de Vinci réalise aussi en 1503-1504, et l'un des problèmes qu'il se pose dans cette carte est de savoir comment le lac Trasimène a pu jadis, dans un temps immémorial, expliquer les marécages du Val d'Arno, qui se trouve au sud d'Arezzo, en Toscane. On voit sur sa carte qu'il a dessiné un cours d'eau qui n'existe pas dans la réalité, allant du lac Trasimène au Val d'Arno. Ce qui m'a frappé, c'est de voir que la construction de La
Joconde s'accordait pleinement à une réflexion cartographique et géologique de Léonard de Vinci, si bien que le paysage représenté derrière elle, c'est la Toscane immémoriale, celle qui existait avant que l’humanité n'y crée la grâce de ce pays, car la Toscane est très belle et c'est La Joconde. Ce cours d'eau qui relie le lac Trasimène au Val dArno, c'est le sourire de la Joconde."
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Re: expositions- suite

Message  Azbinebrozer le Sam 26 Fév - 0:47

A ma ville d'Argenteuil hé oui on est resté kéblo sur Monet !
Par ici le voyage numérique...
(... avec pitite épreuve musicale !)
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